Entrée en matière
Toujours en quête de nouveaux horizons littéraires, constamment animée par cette soif de découvertes et de ressentir, je finis par dénicher, par une soirée d'été, dans la bibliothèque familiale, une oeuvre de Chow Ching Lie.
Un titre mélodieux et plein de poésie accrocha en premier lieu mon regard, Le Palanquin de Larmes.
Les apparences peuvent être trompeuses et quelques mots joliment entremêlés ne font pas tout à l'affaire (l'édifice que dis je), mais ils peuvent déjà vous donner une représentation, une iage fidèle du registre émanant du roman.
Et il faut ajouter que l'illustration n'est pas pour vous contredire.
On aperçoit le visage délicat d'une jeune chinoise, fraichement maquillée.
Un faciès plongé dans une atmosphère de brume matinale, une pâleur qui semble bercer les maux de l'âme.
Ma détermination à lire cet ouvrage inconnu jusqu'alors à chacun de mes deux hémisphères, ne fut qu'accentuée à la lecture d'un passage préliminaire au résumé fourni en quatrième de couverture.
" Je suis née dans la Chine de la misère et des larmes.
Petite fille, j'ai souffert et pleuré de bonne heure.
J'étais jolie: ce n'est pas un mérite, ce fut une malédiction.
Laide et difforme, je n'aurais sans doute pas été mariée de force à l'âge de treize ans".
Une oeuvre qui semble donc, avec cet avant goût, pointer du doigt le débat houleux construit autour des mariages forcés.
Un roman qui pourrait mettre en confrontation plusieurs doctrines, une sorte de séisme culturel, avec en toile de fond, une mise en relief du décalage dans l'évolution des moeurs de chacun.
On pourrait également y avoir une certaine dénonciation ...
Un regard subjectif car aux premières loges, un angle direct (et non biaisé) apporté aux nez des civilisations du monde entier.
En d'autres termes, émotions et cours d'ethno' au rendez vous, me semblent être un programme palpitant et fort enrichissant.
SpotLight Sur Lie
La grande virtuose nous ouvrit les portes de sa vie, son rude parcours, en rédigeant cette autobiographie en 1975.
Exposant elle même toute une partie de son existence, la plus dure, je ne trouve pas utile ici de vous la narrer, afin d'éviter presque à coup sûr l'effet de redite.
Un livre qui remporta un succès mondial, et qui fut adapté au grand écran par Jacques Dorfmann en 1988.
Je vous dépose ici le lien vers allociné et la fiche de cette production: http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=29552&nopub=1.html.
Sa production littéraire ne s'arrête pas là puisqu'elle publia:
en 1979, Concerto du Fleuve Jaune (suite de l'oeuvre phare d'aujourd'hui, donc pour les curieux restés sur leur faim ^^).
en 2001, Dans la Main de Boudha (retrace l'influence que cette foi a eu comme emprise sur sa vie).
en 2004, Il n'y a pas d'impasse sous le Ciel (où elle livre les secrets de sa vie, ce qui lui a permis de tenir le coup, de "transformer chaque situation difficile en un événement positif").
Synopsis
L'histoire de la chine vue à travers la vie d'une femme.
Cette dernière née en 1936, pendant la guerre sino-japonaise, connut la guerre civile, et l'arrivée au pouvoir de Mao.
Mariée de force depuis l'âge de 13 ans, elle devient veuve et peut reprendre sa destinée en main.
Elle se met à travailler le piano, instrument dont elle était virtuose dans le passé.
Jeunesse Envasée
En ce qui concerne l'aspect formel du roman, on note une particularité, une note originale dans la présentation des chapitres, à laquelle je n'adhère pas forcément.
Chow Ching Lie introduit chaque épisode en en faisant un espèce résumé des différentes étapes.
Il n'y a aucun titre tendant à relever l'idée centrale de chacun des chapitres, je vous en donne un exemple avec le premier: "Vie misérable de mon grand-père au temps de l'impératrice Tseu-hi/ Les tribulations d'une troupe d'Opéra/ Fiançailles de deux petits enfants ....".
Pour ce qu'il en est du volume, il est tout à fait raisonnable, environ 400 pages, avec de gros caractères dignes d'être désignés de Nothombiens ^^.
Le roman retrace la tragédie d'une enfant, nous introduisant, spectateurs, au coeur de l'intimité d'une famille chinoise où se croise trois générations, séparées culturellement par des siècles d'évolutions socio- économiques.
Un ancêtre misérable que l'avarice pousse au vice, un père marqué par son éducation à l'occidentale, ayant cotoyé les bancs de l'université américaine Hon Kiang .... des mondes que tout éloigne.
Ching Lie expose à travers son récit une triste réalité, l'infortune d'être née fille.
Un sort qui bien souvent se voit emprunter deux chemins différents: la mort ou la prostitution.
Parallèlement, elle dresse un sombre portrait de sa ville natale, Shanghaï, dite Cité du Banc de Vase, capitale de la corruption et du proxénétisme.
Un véritable Chicago de l'Orient, une ville cosmopolite scindée en deux, où tentent de cohabiter étrangers et chinois traditionnalistes.
Shanghaï est ici synonyme de décadence, pilier central du traffic d'opium, détenteur absolu, une cité où le kidnapping même était une institution.
Dans son oeurve Chow Ching Lie avec un style simple et plaisant, pas besoin de faire des retours pour bien comprendre le sens et l'essence ^^ de ses mots, aborde différents sujets.
Tantôt elle évoquera les pratiques médicinales particulières, des remèdes ancestraux imparables, comme le jus de pastèque par exemple, pour une peau douce et sans furoncles ( je m'adresse ici à toute la communauté cosméto addict ).
Tantôt avec une plume plus crue et blessée elle s'attardera sur la guerre sino-japonaise (le Dragon Vert) jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Mao Tsé-toung, qui abrogera d'honteuses coutumes comme les mariages forcés, et qui déclenchera une guerre ouverte aux proxénètes.
Une page d'histoire passionnante. Nous sommes en pleine révolution.
J'ai beaucoup apprécié ce mélange subtil entre d'un côté le portrait d'une jeune femme (fille), jalousée, enviée, déchirée et d'un coup propulsée ( je fais référence ici à ce don pour le piano ); et d'un autre cet espèce de documentaire culturel sur la Chine, la signification des caractères et de l'ordre dans lequel ils sont agencés, les idéaux politiques..
Le dessein d'une Chine boulversée par l'étranger, marquée par son propre passé, cette rivalité entre bru et belle-mère presque innomable, cette culture du fils aîné...
Pour toutes ces raisons, qu'elles soient d'ordre de la curiosité intellectuelle ou émotionnelle, je vous en conseille vivement la lecture.
On s'attache très rapidement à Lie, cette petite douceureuse, à son sort tragique, et parfois si beau.
Une histoire empreinte de tellement de réalisme bien qu'elle frappe par son originalité, qui nous saute aux yeux comme complètement décalée, laissera en moi longtemps sa trace...
Mise en Bouche
" De ces établissements chics ils pouvaient passer à des boites de nuit plus louches, avec des girls à tickets, connaître des frissons exotiques plus ordides et infiniment variés avec fillettes et drogues ".
" J'étais une écolière connaissant la légende Liang et Tso qui meurent pour leur amour comme Roméo et Juliette et je me voyais condamnée à vivre sans amour".
En parlant des épouses ... "Pour former de telles domestiques il était préférable de ne pas faire étudier les filles: instruites, elles se seraient mises à penser et peut être même à se révolter. On ne leur demandait que d'être parfaitement soumises".
" Je ne veux pas porter un chapeau vert ! Ce qui est l'équivalent en chinois de, je ne veux pas être cocu".
" J'avais 11 ans et je ne pouvais pas savoir que dans moins de deux ans je connaitrais à mon tour, dans toute son atrocité, les règles de cette aberration: la condition de la femme chinoise au milieu du 20°s".
♣ .♣ .♣ .♣